Saint germain des angles
José,
Cela fait une bonne vingtaine d'années que nous nous côtoyons. Je pense donc appartenir aux témoins de tes efforts et de l'évolution de ton travail.
De tes efforts d'abord, au travers desquels, persistance, opiniâtreté viennent à bout des découragements auxquels sont confrontés les plasticiens actuels. Je parle de ceux pour qui la pierre, le bois, le métal ont toujours quelque chose à dire quand la main qui les sculpte fait découvrir ce que leurs âmes veulent bien dévoiler. Face à un marché aux dérives imprévisibles, à des rapports humains de plus en plus tendus, à une administration de tutelle qui pense que l'installation, le détournement éphémère sont les valeurs sûres de la création (il est certain que cela ne fait que quatre vingts ans que le filon est exploité), que la provocation, le choc sont des fins en eux-mêmes ; que le gadget est préférable à l'oeuvre et le verbiage à l'acte, face à tous ces handicaps, je ne t'ai jamais vu céder à la facilité. Tu as commencé un sillon, et tu le poursuis inlassablement sans chercher à le dérouter de sa voie. Il est fait pour pénétrer la terre, lui arracher ses secrets et se repaître de sa fécondité.
De ton évolution ensuite. Mon premier contact a été avec tes formes massives jaillies du magma comme des laves pétrifiées au moment de leurs derniers soubresauts. Formes fortes, robustes, solides, faites pour assurer ta liaison avec la terre qui les a générées. Tu as exigé davantage, tu as voulu qu'elles frémissent, qu'elles vivent de la lumière et du vent. À l'expression de la glèbe, tu as ajouté l'expression végétale pour les faire vibrer, éclater, onduler, se chercher. Fleurs fabuleuses, luxuriantes aux pistils filiformes en quête de lumière, champignons fantastiques aux chapeaux étranges, maisons des dieux aux parcours intérieurs initiatiques. Fleurs secrètes, aussi, s'offrant ou se dérobant au gré des humeurs, inquiétants dans leur beauté Carnivore... Ton travail José, sans artifice, sans superficialité, est un travail d'humble pour lequel tu es, sans cesse, obligé de retrouver le geste sûr, pour imprimer ta volonté à la matière. Je te sais gré de cette démarche. Vas et cours ton chemin sans faillir.
Amitiés
Jean Zabukovec
Saint Germain des Angles - Juillet 1994
RSS