La escultura

José Diaz Fuentes appartient à l'espèce, rare aujourd'hui,
des sculpteurs qui font encore de la sculpture, c'est-à-dire, qui expriment et qui prouvent que la pierre, le marbre, le bois ont encore quelque chose à nous livrer.
Nous n'allons pas en faire une curiosité, car, au contraire, on note un regain d'activité autour des carrières de Carrare, et les grands symposiums organisés un peu partout ont donné un nouvel élan à la taille directe et au façonnage, stimulant aussi l'intérêt pour le geste esthétique directement aux prises avec un matériau naturel si âprement concurrencé par une sculpture purement manipulatrice. Diaz Fuentes restitue à la sculpture son rôle original. Aucune de ses statues n'est une donnée plastique d'un caractère gratuit. Ses formes sont des divinité qui incarnent l'esprit de la terre mère ou des légendes entendues près des rouvraies.
Lorsque Paul Guillaume assuma, il y a un demi-siècle, la défense de l'art nègre, les Noirs d'Amérique et ceux des colonies françaises prirent conscience de leur identité spirituelle, morale et culturelle ; ces présumés sauvages mesurèrent à sa valeur exacte l'apport esthétique de leur art ancestral.
Ce que Paul Guillaume n'avait pas prévu, c'est l'avènement d'un artiste qui revendique l'art celtique, qui fait renaître les valeurs de tant de siècles enfuis. Car Diaz Fuentes n'est pas un provincial qui tente de donner une nouvelle impulsion à un art indigène d'expression folklorique. Il a cette vocation d'universalité qui reste l'apanage de quelques rares artistes de tous les temps et de tous les pays.
La nature, telle que la voit Diaz Fuentes, et telle qu'il nous la transmet, n'est pas un phénomène exclusivement physique. Il y décèle la présence effective des forces élémentaires. Ses formes minérales et ses formes végétales vibrent, frémissent et palpitent. Elles sont actionnés par les ressorts de l'âme. Leur fonction n'est pas de plaire aux yeux, comme disait Boileau : elles agissent comme des philtres car se sont des actes de foi.
La quête de Diaz Fuentes est à la fois humble et ambitieuse. Humble, car son métier ne fait appel qu'aux instruments traditionnels, la main et ses prolongements les plus simples : le ciseau, la gouge et la meule -humble encore dans le sens qu'il pense que la forme qu'il veut délivrer ne lui appartient pas car elle est

immanente au matériau. Il ne s'agit que de l'extraire du bloc de marbre ou de la bille de bois qui, depuis toujours, la contiennent. Ambitieux, car ce métier d'artisan est aussi celui d'un démiurge, puisque la forme à délivrer est une forme de toute éternité, nécessaire et irremplaçable, parmi toutes les formes possibles, presque un paradigme. « Que me propose ce tronc d'arbre ? » « Qu'y a-t-il au cour de ce marbre ? » doit-il penser quand il s'attaque au travail. Et la démarche est si vraie qu'elle se traduit parfois par le tracé, sur le bloc à dégrossir, de la découpe d'où naîtra l'ouvre.

Ramón Chao