Escultura y materia

José DIAZ FUENTES

Depuis la fin du dernier conflit mondial, et davantage au cours des ultimes décennies, la sculpture a emprunté des chemins pluriels, connu bien des ruptures, des détours et des chevauchements, allant jusqu'à intégrer la peinture dans ses métamorphoses, et à épouser souvent le creuset des voies conceptuelles, en induisant d'autres codes appropriatifs de l'espace.
Toutefois, parallèlement à ses aménagements successifs et à la montée des pratiques formalistes, pour nombre d'artistes, la troisième dimension est demeurée invisible de la noblesse des matériaux employés de la veine affective qui s'en exsude, tout en restant ancrée dans la variété des axes expressifs de l'art contemporain.
José DIAZ FUENTES fait partie de la famille des sculpteurs qui ont choisi d'affronter directement la matière et de ne pas s'exiler des lois du vivant, en unissant l'homme et la nature dans les vertiges de ses structures sensibles. En effet, des flux organiques de caractère humain ou végétal, connotent en permanence ses ouvres tantôt ramassées, tantôt ouvertes, sinon échancrées qui, dans leurs combinatoires en extension tour à tour crénelées et bosselées, s'architecturent dans une douceur fictive.
Cependant, malgré la signification symbolique des équivalences organiques relevées, il n'est pas loisible d'avancer que ces pièces s'attachent à rendre compte d'une réalité déterminée dans la mesure où Diaz Fuentes agit sur ses volumes par transmutations, à cheval sur un imaginaire en éveil, même s'il nous amène inéluctablement aux oscillations de sa mémoire, autrement dit, au plus intime des forêts de sa Galice originelle. De telles allégories, sans être dépendantes de la croissance étudiée des formes, laissent pourtant filtrer un sentiment de plénitude inquiète, qui réfrène toute propension à l'éloquence. Ceci posé, une inclination certaine au baroquisme, parfois inséparable de l'âme hispanique, toujours généreuse, dans sa fièvre organisatrice, confère à cette démarche ses accents spécifiques.
Mais ses courbes et ses vallonnements en cascade, ses lignes torsadées totémiques inégalement accidentées, ses renflements sensuels, ses mini-formes étagées, ses étranges saillies médianes ou ses armatures ajourées comme de la broderie, ou encore ses tiges ascension-

nelles levées comme des mains convolant pour une prière secrète, cette synthèse nervurée, nimbée de silence méditatif, s'avère semée de multiples tensions. Tout s'y joue dans l'extrême simplicité des formes et des thèmes, dans la complicité des coutrepoints, la vibration des jonctions et des quadrillages, auxquels une énergie intérieure vient apporter la marque spirituelle qui en qualifie les assisses.
Le bois, en priorité, mais aussi la céramique, le bronze, la pierre et le béton, pour le monumental, prêtent leurs épidermes aux entreprises inquisitrices de l'outil, dont les assauts dirigés impriment les inflexions les plus expertes à la rugosité des masses, les dilatant ou les comprimant, en respectant le grain du matériau. La sobriété d'une pensée fabricatrice, bien en marge de l'appris, ajoute ici la logique de son ordonnancement à cette harmonieuse synthèse.
D'une rigueur exempte de la moindre froideur, cet art austère et fraternel fait indéniablement corps avec son matériau et s'identifie étroitement à la vie.

Gérard XURIGUERA